Voyage au Gujarat : terres sacrées, faune sauvage et conseils d’itinéraire

Temples jaïns de Shatrunjaya au lever du soleil à Palitana dans le Gujarat

Situé sur la façade occidentale de l’Inde, bordé au sud par les embruns de la mer d’Oman et au nord-ouest par le Pakistan, le Gujarat demeure l’une des provinces les plus fascinantes et méconnues des voyageurs indépendants. Loin de la frénésie touristique du Rajasthan voisin, cette région propose une immersion sereine au cœur de paysages variés : plateaux arides, collines sacrées, mangroves côtières et vastes savanes. Pour qui apprécie de sillonner des contrées à un rythme mesuré, le Gujarat offre une hospitalité sincère, une identité spirituelle profondément enracinée et une faune d’une richesse surprenante.

L’arrivée par Bhavnagar et la ferveur de Shatrunjaya

Le périple dans la péninsule de Kathiawar commence fréquemment par la ville de Bhavnagar. Connue pour son passé princier, la cité offre une introduction paisible aux traditions locales. Certains voyageurs choisissent de faire étape dans d’anciennes demeures royales réaménagées, telles que le palais Nilambag, pour observer les vestiges d’une architecture qui allie néoclassicisme victorien et ornements gujaratis.

À quelques dizaines de kilomètres au sud-ouest se dresse Palitana, l’un des lieux de pèlerinage les plus vénérés du jaïnisme. C’est ici, sur les flancs et les crêtes de la colline de Shatrunjaya, que s’élève une cité de temples spectaculaire. Pour atteindre ce complexe comptant plus de huit cents sanctuaires en marbre blanc érigés sur plusieurs siècles, il est nécessaire de gravir plus de trois mille marches taillées dans la roche. L’ascension débute idéalement aux premières lueurs de l’aube, à la fraîcheur, aux côtés de fidèles vêtus de blanc gravissant la montagne dans le silence et le recueillement.

Du sommet, le panorama sur la campagne environnante et les méandres de la rivière Shetrunji est remarquable. Pour les personnes à mobilité réduite ou fatiguées par l’effort, des porteurs proposent de réaliser la montée sur des chaises à porteurs traditionnelles (appelées dolis). Il est indispensable de respecter les règles strictes du site : aucune nourriture ni objet en cuir n’est toléré sur la colline sacrée, et tout le monde doit redescendre avant le coucher du soleil, car aucun être humain ne doit troubler le repos des dieux la nuit venue.

Au royaume du lion d’Asie : le parc national de Sasan Gir

Le Gujarat abrite un trésor écologique unique au monde : la dernière population sauvage de lions d’Asie (Panthera leo persica). Autrefois répandu de la Méditerranée jusqu’au nord de l’Inde, ce félin emblématique, légèrement plus petit que son cousin d’Afrique et doté d’un pli de peau longitudinal sous le ventre, a trouvé son ultime refuge dans la forêt sèche de feuillus et d’épineux de Gir.

Les safaris matinaux en jeep ouverte permettent d’explorer ce biotope préservé. En plus des lions, la réserve abrite des hardes de nilgauts (la plus grande antilope du continent asiatique), des cerfs axis, des sangliers et une impressionnante densité de crocodiles des marais bordant les cours d’eau du parc. Tout comme lors d’une immersion au cœur d’une réserve tropicale telle que le parc national de Cuc Phuong, l’expérience sauvage exige humilité et patience. Les règles de conservation sont très strictes : le parc ferme chaque année ses portes du 16 juin au 15 octobre pendant la période de mousson. Pensez à réserver vos permis de safari plusieurs semaines en amont via le portail gouvernemental officiel du département des forêts.

Junagadh et l’ascension du mont Girnar

Au nord de Sasan Gir, la ville historique de Junagadh déploie une mosaïque culturelle impressionnante. Son nom signifiant littéralement « vieux fort », la cité est dominée par les remparts séculaires d’Uparkot, dont les fondations remonteraient à la dynastie Maurya. La ville se distingue également par son complexe de Mahabat Maqbara, un mausolée du XIXe siècle à l’architecture composite époustouflante, mariant les styles gothique, indo-islamique et hindou avec ses minarets entourés d’escaliers extérieurs en spirale.

Junagadh constitue aussi le point de départ de l’ascension du mont Girnar, une montagne sacrée culminant à plus de mille mètres d’altitude, jalonnée de temples hindous et jaïns. Lors de grands rassemblements comme la foire de Bhavnath Mela, des dizaines de milliers de pèlerins et de sadhus nus (Nagas) se réunissent dans une ambiance de ferveur mystique saisissante, offrant un aperçu d’une Inde intemporelle, bien différente des parcours touristiques classiques que l’on pourrait trouver lors d’un itinéraire pour le Ladakh et le Cachemire ou d’un voyage vers le sud à la découverte d’un séjour patrimonial à Mysore.

Halte maritime à Somnath et l’enclave côtière de Diu

En redescendant vers le littoral, la route mène au temple de Somnath, l’un des douze sanctuaires jyotirlinga dédiés à Shiva. Bâti au bord immédiat de l’eau, le temple a été détruit et reconstruit à de multiples reprises à travers l’histoire tumultueuse de la région. Face à l’immensité de l’océan, le sanctuaire accueille chaque soir un spectacle de son et lumière retraçant sa renaissance continue.

À quelques encablures, le petit territoire insulaire de Diu offre un contrepoint reposant. Ancienne colonie portugaise rattachée à l’Union indienne, Diu conserve un fort imposant flanqué de canons orientés vers la mer, l’église Saint-Paul à la façade baroque ciselée et des ruelles paisibles bordées de maisons aux façades colorées. Alors que le Gujarat applique une politique stricte d’interdiction de l’alcool, Diu applique un statut administratif distinct, ce qui en fait un lieu de villégiature privilégié pour savourer des fruits de mer frais en bord de plage dans une atmosphère décontractée.

Les savanes dorées du parc de Velavadar

Pour parachever cette découverte hors des sentiers battus, le parc national de Velavadar (Blackbuck National Park) plonge le voyageur dans un écosystème de savane herbeuse unique, surnommé le Bhal. Cette zone de plaines ouvertes constitue le sanctuaire de l’antilope cervicapre (ou blackbuck), reconnaissable aux cornes torsadées spectaculaires des mâles.

Le parc est également l’un des meilleurs endroits en Inde pour tenter d’apercevoir le loup indien et la hyène rayée au crépuscule, ainsi que d’immenses rassemblements de busards cendrés durant l’hiver. La clarté des paysages et la lumière rasante sur les herbes sèches confèrent à cette région un charme sauvage et épuré.

Conseils pratiques pour voyager au Gujarat

  • Climat et saison : Privilégiez la période de novembre à mars, où les températures diurnes sont agréables et les nuits fraîches. Les mois d’avril et mai sont caniculaires, tandis que la mousson (de juin à septembre) rend certaines routes secondaires impraticables.
  • Cuisine locale : La gastronomie gujaratie est quasi exclusivement végétarienne. Le traditionnel thali combine saveurs douces, salées et épicées, souvent accompagné de pain de millet (rotla) et de lentilles savamment assaisonnées.
  • Réglementation sur l’alcool : Le Gujarat étant un État où la vente d’alcool est prohibée, les voyageurs étrangers souhaitant en consommer doivent solliciter un permis touristique spécial auprès des hôtels agréés ou en ligne, sur présentation de leur visa et passeport.
  • Déplacements : Les liaisons ferroviaires et le réseau de bus gouvernementaux (GSRTC) desservent correctement les grands axes. Pour explorer les parcs naturels et les villages reculés, la location d’un véhicule avec chauffeur s’avère souvent la solution la plus flexible.

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