On associe souvent la province de Ninh Binh à ses spectaculaires pitons karstiques émergeant des cours d’eau et aux grottes mystérieuses traversées à la rame. Pourtant, le véritable cœur de cette région bat avec une douceur infinie à l’intérieur de ses villages agricoles, protégés du tumulte par des haies de bambous et des étangs immobiles. C’est précisément cette atmosphère suspendue qu’a su saisir l’aquarelliste Véronique Frampas lors de ses pérégrinations à travers la campagne septentrionale.
L’œil du peintre sur le village de Non Khê
Loin des circuits standardisés, c’est dans le bourg de Non Khê que l’artiste a choisi d’ouvrir sa boîte de couleurs. En parcourant les allées pavées, bordées de murets de briques et de portails traditionnels, le regard s’arrête sur des détails que le voyageur pressé néglige trop souvent. La maison communale et les petits autels de quartier constituent l’ossature spirituelle du lieu, mais le quotidien s’exprime dans des éléments bien plus éphémères.
Sur place, les échafaudages artisanaux de bambou, dressés avec une ingéniosité surprenante contre les façades en rénovation, deviennent sous la mine du crayon de véritables architectures graphiques. Ce mélange de rusticité et de précision géométrique incarne parfaitement l’esprit de débrouillardise qui anime les campagnes du delta. Une expérience à taille humaine que l’on retrouve particulièrement lors d’une immersion chez Monsieur Cu à Non Khê, où l’hospitalité paysanne s’exprime sans artifices.
Une étude poétique de la flore locale
L’aquarelle sur le motif exige une observation attentive, une patience qui épouse le rythme naturel de la province. Les jardins villageois de Ninh Binh abritent une profusion végétale modeste mais généreuse :
- Les bananiers : Leurs larges palmes retombent en cascades le long des murs de clôture, offrant un contraste saisissant entre les verts profonds des nouvelles pousses et les teintes ocres des feuilles séchées.
- Les papayers : Reconnaissables à leur silhouette élancée surmontée d’un panache découpé comme de la dentelle, ils veillent sur les cours intérieures en ployant sous le poids de leurs fruits denses.
- Les jacinthes d’eau : Sur les mares villageoises et les canaux calmes, leurs corolles bleutées émergent de tapis denses de feuilles vernissées, ondulant doucement à chaque envol de héron ou au passage d’une barque de pêcheur.
Cette végétation quotidienne fait partie intégrante du patrimoine vivant de la région, révélant comment la culture locale demeure intimement liée aux cycles de l’eau et de la terre.
Le carnet de voyage, une passerelle d’échange
Dessiner en extérieur crée une proximité spontanée et universelle avec les habitants. Lorsque le soleil décline et adoucit la lumière sur la cour pavée, sortir un carnet et quelques godets d’aquarelle suscite immédiatement la curiosité bienveillante des villageois. Les enfants accourent pour observer la couleur se diffuser sur le papier humide, sans barrière de langue.
Prendre le temps de peindre ou simplement d’observer les villages ruraux permet de raconter Ninh Binh non pas comme une simple carte postale, mais comme un lieu habité, vibrant de gestes simples et de calme partagé.
Pour les voyageurs indépendants qui préparent leurs futurs itinéraires et souhaitent enrichir les voyages à Ninh Binh d’une dimension contemplative, réserver une demi-journée à flâner sans itinéraire précis dans les ruelles villageoises reste l’une des plus belles manières de s’imprégner de l’âme du Nord-Vietnam.




